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Le Club des Epargnants

La fête est finie

7 Mai 2015 , Rédigé par Eric Wallez Publié dans #Finance

Le "Bond King" a du vague à l'âme et pronostique la fin des beaux jours pour les investisseurs.

Bill Gross est un gérant obligataire américain légendaire. Surnommé le "Bond King", son départ de Pimco après des années et bons, loyaux et profitables services avait défrayé la chronique en septembre 2014 et incité les investisseurs à retirer des milliards de dollars du plus gros fonds obligataire mondial de l'époque, le Pimco Total Return Fund (dont les encours sont passés de 240 milliards au départ de Gross à 120 milliards aujourd'hui, et qui a été incidemment dépassé par un fonds indiciel Vanguard, devenu le plus gros fonds obligataire au monde).

Dorénavant chez Janus où il gère un fonds minuscule à l'aune de la taille de celui qu'il gérait chez Pimco (le Janus Global Unconstrained Bond Fund, dont l'encours au 30/4 s'élevait à 1,46 milliard de dollars), Gross livre sur un ton désenchanté ce qui s'apparente à une espèce de testament dans sa dernière note de conjoncture (en anglais), "A sense of an ending" (la fin d'une époque ?).

C'est dur de vieillir

Dans son style inimitable, Gross explique d'abord combien il est difficile d'avoir 70 ans : père et mère ont disparu, les amis, les vedettes de la même génération commencent à mourir.

Propos de comptoir qu'on n'a pas l'habitude le lire sous la plume d'un gérant de ce côté de l'Atlantique, mais qui sont monnaie courante aux États-Unis où Bill Gross et Warren Buffett ont la même aura intellectuelle que Jean-Paul Sartre en France entre les années cinquante et soixante-dix, bien sûr pas pour les mêmes raisons.

La fin des trente (cinq) glorieuses ?

Après s'être appesanti sur l'état de ses artères, Gross nous livre sa vision des marchés financiers et nous promet des lendemains qui déchantent.

Selon lui, la période dorée qui a débuté en 1981, sous Ronald Reagan, et a vu les marchés financiers, tant d'actions que d'obligations, enregistrer des performances stratosphériques, est sur le point de se terminer.

Gross prédit depuis quelques années la fin de l'âge d'or. Il reconnaît l'avoir fait trop tôt (comme ici dans son panorama d'investissement intitulé "A man in the mirror" publié en avril 2013), mais ne change pas son pronostic : selon lui, le remède actuel à la crise de la dette, à savoir plus de dette, ne peut se terminer que dans les pleurs. Les politiques d'assouplissement quantitatif et leur corollaire actuel, des taux d'intérêt négatifs sur certaines maturités de certains emprunts d'Etat, conduisent à des bulles sur la plupart des actifs.

Le propre des bulles étant qu'elles finissent toujours pas exploser, Gross nous confie son inquiétude. Et nous invite à la partager : "I have unrest, increasingly a great unrest. You should as well."

Selon lui, les gérants et les investisseurs, égarés par 35 années de performances anormalement élevées, doivent diminuer considérablement leurs attentes en matière de rendement dans le futur. L'avenir sera au revenu, plus qu'aux plus-values en capital, et il conviendra d'utiliser un léger levier pour magnifier ce revenu, en ayant une gestion défensive.

Pour Gross, un ajustement inévitable se prépare, tant sur les obligations que sur les actions. Pour les obligations, même si les taux peuvent devenir encore plus négatifs sur certaines échéances et sur certains titres, ils repartiront en territoire positif. D'où son récent pari de shorter (vendre à découvert) les obligations d'Etat allemandes (Bund) : quand les taux sont nuls, le coût du short l'est aussi, et la perspective de gain en cas de remontée du Bund à 1 ou 2% est de 15%, à un horizon certes indéterminé mais avec une probabilité très élevée.

Et quand les taux commenceront à remonter, la valorisation des actions va mécaniquement devoir baisser : quand on escompte les dividendes ou cash-flows futurs à un taux négatif, des valorisations très élevées sont justifiées. Dès lors que le taux auquel on escompte ces flux futurs redevient positif, les bénéfices doivent augmenter considérablement pour que les valorisations se maintiennent, ce qui semble improbable dans un environnement de faible croissance qui semble durable.

Gross regrette également que les gérants actifs n'aient pas baissé les frais de gestion depuis 1981 alors que les actifs gérés ont été multipliés par 20. Selon lui, l'industrie et ses acteurs estiment normal d'être 20 fois plus riches en raison de leurs compétences, voire de l'introduction de techniques quantitatives et de produits dérivés complexes et parfois destructeurs qui ont conduit à la faillite de Lehman Brothers et à la Grande Dépression.

Manifestement, Bill Gross, dont la fortune personnelle est estimée par Forbes à 2,3 milliards de dollars, s'est parfaitement accommodé de cette situation pendant tout ce temps.

So what ?

Que faire si l'on croit à ces prévisions ? A savoir que même le Bund (obligations de l'Etat allemand), réputé être l'actif le plus sûr au monde, risque de perdre 15% ?

Le market timing (ou l'art de vendre et d'acheter au bon moment) étant un exercice que personne ne maîtrise durablement, il convient seulement à notre sens de s'assurer que notre allocation d'actifs est toujours en phase avec notre durée d'investissement et notre tolérance au risque. Si c'est le cas, ne touchons à rien.

Assurez-nous aussi que notre portefeuille est convenablement diversifié.

Rien de nouveau sous le soleil.

Mais là, nous pensons comme un gestionnaire boursier, strictement à court terme si nous sommes réfléchis et conscients que les marchés financiers au sens large sont totalement déconnectés de l'économie réelle.

Nous sommes face à une politique économique générale d'apparence et non de fond.

Nous sommes face à la plus grosse bulle de produits dérivés que nous ayons connue.

L'endettement continue. Comme Bill Gross nous pensons être à la fin d'un cycle.

Préparons-nous à des lendemains difficiles.

Eric Wallez

Président Club des Epargnants

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