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Le Club des Epargnants

Bio-banques

3 Février 2015 , Rédigé par Eric Wallez Publié dans #Société

Faire toujours la même chose, en espérant à chaque fois obtenir un résultat différent ! C'est la définition que donnait Albert Einstein de la folie. Et c'est bien de folie dont il s'agit lorsque l'on aborde le sujet des biobanques. Le vivant est devenu le nouveau terrain de chasse des grands fauves de la finance. Après la pauvreté, les matières premières et la nourriture, la nature est leur dernière cible.

Comment en est-on arrivé à mettre un prix sur une barrière de corail, une forêt primaire, une espèce rare ou même à parvenir à chiffrer 200 milliards de dollars, le service de pollinisation rendu par les abeilles ? Au fait, combien pour la jungle de Bornéo : 34 milliards de dollars. Et la forêt amazonienne : 240 milliards de dollars.

Il s'agit bien de folie et sans doute la dernière. De celle qui nous entraînera tous dans l’abîme, dans le néant.

"Il y a trois ans, lors d'une conférence sur l'économie verte, j'ai appris qu'aux Etats-Unis, c'étaient des institutions privées, des biobanques, qui s'occupaient de la protection des espèces en voie de disparition", explique Sandrine Feydel (1). "En creusant un peu, j'ai découvert que des économistes commençaient à parler de financiarisation de la nature, voire à évoquer des risques d'un nouveau krach si le monde de la finance se couplait trop avec les milieux de la préservation de l'environnement".

Oui, vous lisez bien. Un système fou se met en place où les espèces en voie de disparition sont un placement lucratif, et la protection des écosystèmes un investissement ad hoc pour des multinationales qui doivent compenser les dégâts qu'elles commettent ailleurs.

Comme toujours, cette spéculation se fait via des écrans de type "nouvelle économie verte", "sauvegarde des espèces" voire même "investissement dans la recherche". Ces concepts creux cachent en réalité des termes que nous connaissons hélas déjà (depuis la crise de 2008) : titrisation, OPCVM, assurance, titres contaminés, etc.

Et les économistes patentés servent le discours et la soupe : "S'il y a une dégradation aussi importante de la biodiversité, c'est parce que l'on n'a jamais attribué de valeur économique à la nature. Selon la loi de l'offre et de la demande, en se raréfiant, les ressources naturelles prennent de la valeur".

Bernard Maris avait résumé cette "pensée foireuse" des économistes : "La dernière forêt sur Terre, le dernier cours d'eau non pollué, le dernier endroit où respirer de l'air pur, ça vaudra plus que des diamants..."

En savoir plus
(1) Sandrine Feydel et Denis Delestrac sont les auteurs d'un documentaire à ne pas manquer : "Nature, le nouvel eldorado de la finance". Il sera diffusé sur Arte ce mardi 3 février 2015 à 22:25.

Nature, le nouvel eldorado de la finance (synopsis)
"La course au profit généralisé et le marché global ont largement contribué à la crise écologique actuelle. Pourtant, les mondes de l'économie et de la finance prétendent renverser la tendance et sauver la planète en la protégeant à leur façon, c'est-à-dire avec de l'argent. C'est l'émergence d'un nouveau marché, celui de la protection environnementale, que décrypte ce documentaire. Encore embryonnaire il y a quelques années, ce marché est aujourd'hui l'un des plus prometteurs en terme de profit. Son mode de fonctionnement est simple. De plus en plus de sociétés financières ou d'assurances attribuent un coût à la nature et font jouer la loi de l'offre et de la demande."

Eric Wallez

Président Club des Epargnants

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