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Le Club des Epargnants

Chypre, BCE et vos brouzoufs (*)

26 Mars 2013 , Rédigé par Le Club des Epargnants

(*) NDLR Le brouzouf et la nouvelle unité monétaire de notre Club...

 

L’ultimatum de la BCE à Chypre


Finalement d’après les dernières informations dont nous disposons, la BCE continuerait à fournir une aide d’urgence au système bancaire chypriote. Cette aide en liquidités sera stoppée dès la semaine prochaine, en cas d’absence d’acceptation d’un plan de sauvetage crédible, précipitant le système bancaire dans la faillite.

 

Chypre : où en sommes-nous ?


Les banques qui ne devaient rester fermées qu’un jour ou deux le seront finalement au moins jusqu’à aujourd'hui, jeudi dans les faits. L’important dans tout cela étant la nuance qu’apporte l’expression « au moins ». En effet cela pourrait durer beaucoup longtemps. Remarquez il ne faut pas que cela dure trop non plus, car les chypriotes pourraient montrer à la planète entière que finalement avec une liasse de billets et sans banque on peut aussi réussir à s’en sortir… Cela serait désastreux pour l’industrie bancaire.

La situation semble très compliquée et tout semble possible. Les négociations avec les russes n’ont pas donné grand chose. Les européens sont d’ailleurs arrivés aujourd’hui à Moscou pour faire le siège du gouvernement russe. Du côté chypriote on semble toujours refuser la taxe sur les dépôts et ils viennent de créer un fonds de solidarité… dans lequel on attend avec impatience de voir les « solidaires » qui vont aller faire un don au « Chyprothon ».


LE GAFFEUR DU JOUR
Il a suffi d'une phrase pour que la perception du sauvetage de Chypre change radicalement. Les investisseurs avaient plutôt bien accueilli la taxation de fait des déposants de plus de 100,000 euros en se disant que Chypre était un cas à part jusqu'à que le crétin du jour, au nom imprononçable, Jeroem Dissenbloem, président de l'EuroGroupe fasse la mega gaffe du jour.

  LA PHRASE A NE PAS DIRE
Chypre est un modèle de sauvetage pour le système bancaire Européen. Il y avait une phrase à ne pas dire. Une seule. Et le président de l'Eurogroupe l'a dite. Il s'est rétracté le soir même mais le mal était fait. Les valeurs bancaires européennes se sont écroulées entrainant l'euro dans leur sillage. Une gaffe comme ça, cela mérite une démission.

MIEUX COMPRENDRE LE DEAL CHYPRIOTE
J'ai lu hier des commentaire disant que les épargnants Chypriotes avaient été épargnés sous prétexte que les dépôts en dessous de 100,000 euros ont été sauvés. Mais beaucoup de ceux qui ont plus de 100,000 euros sont aussi des épargnants et vont perdre de 30 à 100% de leurs avoirs. C'est une taxe déguisée sur les dépôts mais au lieu d'être à 10% comme c'était prévu initialement elle pourra être de 100%. Un grand bravo aux députés Chypriotes qui, par élan de populisme, ont si bien défendu les intérêts de leurs déposants.  Enfin, bon, ils vont éliminer l'essentiel des banques...faillite, vous avez dit faillite ?



La contagion ! Espagne et Nouvelle-Zélande veulent taxer les dépôts


L’affaire chypriote semble donner quelques idées sympathiques à d’autres gouvernements en détresse financière. Je pense bien sûr à l’Espagne et à la Nouvelle-Zélande. L’Espagne veut aussi instaurer une taxe sur les dépôts bancaires et Madrid pourrait lever auprès des banques une taxe de 0,2 % sur le montant des dépôts qu’elles détiennent. Evidemment c’est trèèèèès différent. L’Espagne affirme que cet impôt nouveau n’a rien à voir avec celui de Chypre.

En effet cet « impôt » ne sera pas en effet directement payé en débitant les comptes des épargnants, mais il sera levé sur les banques ! Effectivement cela change tout. Comme disait la « Belle Kacem » porte-parole du gouvernement, Chypre n’a pas su bien présenter le plan de sauvetage. J’adore ce genre de commentaire. Ce n’est pas tant l’idée qui est mauvaise que la brochure commerciale qui ne donnait pas assez envie aux épargnants de se précipiter vers la tonte.

Alors en Espagne on fait attention au marketing de la ruine. On commence par instaurer une « taxe » (c’est un mot connu du petit peuple), que l’on fait payer par les banques. A charge pour elles (comme de toute façon tout le monde déteste les banquiers on se fiche comme d’une guigne de leur popularité) de refacturer tout cela à leurs clients. Cette année ce sera du 0,2 % qui viendra donc en déduction des intérêts que vous auriez dû percevoir sur vos placements. En clair, vous allez encore gagner des sous mais moins. Puis un jour ce sera 1, puis 2 puis 3 % et vous commencerez à perdre carrément des sous… mais ce n’est pas faute de vous prévenir.

De l’autre côté de la planète et pourtant dans un pays anglo-saxon, dont on parle très peu ici à part il y a 20 ans lors de l’affaire du Rainbow Warrior, la Nouvelle-Zélande qui fait face elle aussi à une faillite bancaire généralisée similaire à Chypre, est susceptible d’adopter la même solution de taxation des dépôts. Le Ministre des finances Bill English appuie en tout cas une telle solution.

Vers la sortie de Chypre de la zone euro ?


Enfin ce soir les rumeurs se font de plus en plus insistantes sur une éventuelle sortie de Chypre de la zone euro qui reprendrait sa propre monnaie (la livre chypriote). Cela pourrait créer une onde de choc considérable et montrer que l’euro n’est pas une autoroute sans sortie et que l’on peut aussi changer de direction. Ce serait, à mon sens, une nouvelle extraordinaire qui ne manquerait pas d’entrainer, même si c’est progressif, un mouvement de contagion que rien ne pourra arrêter.

Mais c’est peut-être pour ne pas dire sans doute, ce qui est recherché et sans doute par nos grands « zamis » allemands. On ne peut demander aux allemands qui n’en ont de toute façon pas les moyens de payer pour les Portugais, les espagnols, les italiens ou encore les français.

A partir d’un moment, ce sera à chaque état de prendre ses responsabilités et de faire payer ses épargnants.

Planquez vos sous car ils commencent à tenter beaucoup trop de monde à mon goût.

Pour finir, je ne résiste pas à vous proposer à nouveau  mon sujet de novembre 2011 ...

 
Typologie des défauts de paiement sur dette souveraine




Méthode
Explication
Commentaires

Bolchévique
Je ne te rembourse pas, un point c'est tout et vas te faire... salopard de capitaliste !
Méthode soviétique pour traiter les célèbres emprunts russes. Peu compatible avec un retour rapide sur le marché. Fusil à un coup !



Régalienne

Je dois assurer la continuité de l'Etat et de l'ordre public, contre vents et marées. Je réquisitionne ton épargne en bons du trésor, tu ne peux pas en sortir jusqu'à nouvel ordre.
Méthode utilisée par l'Argentine il y a dix ans. Idéal, à titre conservatoire, pour un Etat endetté dans une monnaie qu'il ne peut pas créer. Peut s'additionner à de la souscription obligatoire pour les nationaux.


Misérabiliste
Je n'ai pas les moyens de te payer, faut me faire un rabais et m'accorder des délais supplémentaires.
Méthode la plus courante, approuvée par les plus hautes autorités (FMI) mais assortie de mesures d'austérités à titre de repentance...du peuple.


Faux-cul

Ma main droite te rembourse pendant que ma main gauche te fait les poches.
Idéal pour un Etat dont les créanciers sont ses propres citoyens nationaux (Japon par exemple). Inopérant lorsque la dette est internationalisée.


Monnaie de singe
Pas de chance pour toi : je te rembourse dans une monnaie dont le pouvoir d'achat n'est plus ce qu'il était quand tu as souscrit.
Suppose d'organiser la dépréciation interne (inflation) et/ou internationale (dévaluation) de sa monnaie pour un pays endetté dans sa monnaie nationale.





Vous a-t-on prévenu ? La crise, pardon La Crise, ne serait pas finie. La récession est de retour, la croissance mollit... Prenons un pari. La dette des pays développés ne sera pas vraiment, vraiment, remboursée. Parce qu'elle n'est pas vraiment, vraiment, remboursable (en soi ou a minima par rapport à ce qu'elle valait à sa souscription). Sauf à provoquer des catastrophes bien pire que les désagréments liés au défaut de paiement.

C'est ce qu'on appelle le principe du moindre trouble qui préfère imposer ce défaut (plein ou relatif) que d'asphyxier l'économie réelle pour convaincre les marchés, pardon Les Marchés, de rouler cette dette à l'infini (rouler une dette = s'endetter pour rembourser la précédente). D'autant que le dette actuellement « roule » de plus en plus chère (en France, 1% d'intérêt en plus = 15 Mds €).

Mieux vaut sacrifier les investisseurs sur l'autel de la raison d'Etat, ce ne sera pas la première fois, que de conduire les peuples au désespoir...
Les Etats réapprendront à gérer leurs budgets, sans la pleine charge de la dette c'est envisageable, les épargnants retiendront que prêter aux Etats peut nuire gravement à leur santé financière. Et nous serons repartis pour cinquante ans jusqu'à la prochaine.

N'ayez crainte, pas d'annonces brutales, le supplice des épargnants sera long et raffiné. Le défaut de paiement ne signifie pas que du jour au lendemain les flux financiers des débiteurs vers les créanciers vont s'interrompre (sauf méthode extrême, cf méthode bolchévique ci-dessus). Il y a plus subtil. Un panachage des méthodes, la bolchévique est trop voyante.

On peut penser que les Etats-Unis vont choisir la méthode « monnaie de singe » (ou ont déjà choisi). Dépréciation du dollar par rapport aux autres monnaies. Quand les prêteurs étrangers ne voudront plus de leur « monnaie de singe », alors, la méthode « régalienne » sera instaurée pour les étrangers et la « faux-cul » pour les nationaux.
En zone « euro canal historique » la voie « monnaie de singe » est bloquée par l'Allemagne qui reste allergique à la méthode au regard des conditions qui ont amenées Hitler au pouvoir. Seule la « misérabiliste » semble ouverte. Elle tiendra ce qu'elle tiendra jusqu'à ce que les plus faibles sortent du jeu par défaut de mutualisation. Ils s'extrairont de l'euro avec la méthode « régalienne » (conversion de la dette euro en nouvelle monnaie nationale, à parité...soit un « euro club med » pour un « euro canal historique ») pour ensuite emprunter (c'est le terme, pas un euphémisme) la méthode « monnaie de singe » par dépréciation de l' « euro club med ».
« Hier nous étions au bord du gouffre, depuis nous avons fait un grand pas en avant ». Phrase empruntée à de nombreux politiques, dans de nombreux pays...par pure malveillance bien sur !

Le véritable enjeu est de savoir comment tout cela va se passer.
Démarche ordonnée qui suppose que les autorités soient prêtes et solidaires pour agir rapidement. On ne nous dit pas tout.
Anarchie d'une tentative de sauvetage désespérée de sauver l'ordre financier des dernières décennies, fondé sur la banque universelle, mélange d'activités traditionnelles et d’exubérance spéculative Certainement vouée à l'échec.
Dans le premier cas nous connaitrons quelques sueurs froides – revers de fortune des plus exposés aux actifs financiers – mais l'économie s'en remettra plus vite que l'on ne le pense et n'en prospérera ensuite que mieux car elle cessera de se faire siphonner sa valeur ajoutée par les parasites de la finance. Les défis à affronter seront alors énergétiques et alimentaires.
Dans le second cas, scénario de crise en profondeur dont nous sortirons (quand ?) avec une sacrée gueule de bois. Fini de rédiger le 1er décembre 2011...

                                                                             Eric Wallez
                                                                                    Président "Club des épargnants"







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